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Marche de 140 km

Carnet de route d’un week-end peu ordinaire ! Une marche de 133 km sur le papier, qui en aura fait à mon avis 140 !

Pour  plus d’info consulter également la page Facebook suivante, elle a été mise à jour en temps réel :
Cesson-Sévigné Arzon : 133 km 48h sans dormir

Départ le 5 décembre de Cesson-Sévigné pour une arrivée à Arzon le dimanche 7 décembre entre 12 et 14h. Soit une de marche de 133 km non-stop.

J’ai souhaité rédiger ce document pour qu’il reste une trace de ce week-end de challenge que j’ai réalisé.

Objectif : Parcourir une distance à pied suffisamment longue pour me permettre de découvrir la privation de deux nuits de sommeil.

Mes attentes? Je vais tenter de répondre à 3 questions précises:

– Suis-je capable de marcher 2 jours et 2 nuits sans dormir ?
– Si je dois me reposer, ou le ferais-je ? comment ?
– Comment gérer l’alimentation sur 48h d’éveil.

Détail du parcours:

Pas facile avec Google Maps d’obtenir quelque chose d’exploitable sur le terrain. J’ai du imprimer 8 pages pour avoir la meilleure résolution, et encore, il y a des endroits difficiles à lire, ce qui me fera me perdre régulièrement sur la route !

Jeudi 4 décembre 2014 19h00, je prépare mes affaires, et boucle mon sac à dos.

Il contient :

  • 2 l d’eau,
  • 4 repas a réchauffer, des gâteaux,
  • 4 paires de chaussettes,
  • Une trousse de secours
  • Un kit d’hygiène
  • Brassards fluo
  • 1 lampe frontale et une lampe de poche
  • 1 tour de cou, 1 bonnet 1 paire gants
  • 1 paire de chaussure de running

Vendredi  5 décembre 2014: Je me suis levé à 7h11 ce jour là, comme d’habitude, je me suis occupé de mon fils, l’ai emmené à l’école et comme d’habitude me suis rendu au travail. Comme pour un jour exceptionnel, j’ai pris mon camion aménagé et je me suis autorisé une sieste pour être sûr d’affronter ce défi sereinement et avec un plein d’énergie. Quel bonheur de se reposer sur son lieu de travail à l’abri des regards indiscrets.

17h15 : Ma journée est terminée, je quitte mon travail pour me rendre à mon camion et me changer, quitter mes affaires de villes pour adopter celles de la vie sauvage. Je mets un pantalon épais en coton et un caleçon en coton en dessous. Je sais que s’il pleut le bas de mon corps ne sera pas protégé du froid, mais ça devrait aller c’est un pari. Je ne pouvais pas non plus emporter tout ce que je désirais !
Les choix font partis de la vie, il faut juger leurs risques et leurs conséquences.

17h45 : GO ! je pars de Cesson-Sévigné, 3 allée de Beaulieu en laissant mon camion, ma maison mobile. Mon sac est lourd et bien rempli, il s’allègera au fur et à mesure des repas.

Je pars en direction du centre-ville de Rennes, par des chemins que j’emprunte régulièrement lorsque je pratique la course à pied (petit clin d’œil au C4). La traversée s’effectue sans difficultés, il fait déjà nuit, et la pluie arrive, je sens des goutes. Près de la sortie de Rennes, je vois des files de voitures, et je me dis que tous ces gens partent en week-end ou tout simplement rentrent chez eux. Je me dis qu’ils vont retrouver leur confort mais ne s’imaginent peut être pas que des gens comme moi, cherchent l’inverse. Je me dis aussi que s’ils ne quittent pas leur confort, ils ne peuvent pas non plus l’apprécier !

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J’arrive du coté de Saint-Jacques de la Lande, il est pas loin de 20h. Je vais profiter de la dernière lumière de la ville pour me faire mon premier repas. C’est sur un parking de centre commercial que je vais m’arrêter. Il pleut et pour être à l’abri je choisis un hangar à caddies qui est presque vide. Ce sera parfait pour être au sec. Je prépare mon repas pendant que les gens autour de moi rentrent dans leur voiture avec leur courses. Une jeune fille posera ses courses pas loin de moi pour profiter aussi de l’abri.

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Je pars ensuite direction les étangs d’apigné. Mon plan n’est pas suffisamment précis, il ne contient pas tous les chemins qui s’offrent à moi. Je ne peux donc pas emprunter l’itinéraire que j’ai réalisé, mais je devrais m’orienter d’après mon instinct et les indications des passants qui heureusement sont encore la 🙂

J’arrive aux étangs il doit être 22h et je suis surpris par le nombre de voitures qui sont garées la et le nombre de gens qui fréquent ce lieu de nuit ! Je me souviens m’être demandé ce qu’on pouvait bien y faire à cette heure là par un mois de décembre !! Ils m’auraient certainement retourné la même question à juste titre 🙂

Direction Saint-Jacques !

Saint-Jacques de la Lande, je traverse la ville et passe pas loin de la ville. Je m’arrete à coté d’un bar et demande mon chemin à un jeune motard (qui a certainement trop bu). Après 10 mn d’explications je me rends compte que le chemin qu’il m’indique c’est en fait … tout droit ! 🙂 entre temps un homme d’un certain âge, sort du bar, je lui raconte mon projet il ne me croit pas. Je suis habitué 🙂 c’est pas la première fois. Je continue ma route …

Je passe devant la boite de nuit « La guinguette ». J’ai souvent entendu parler de cet endroit mais je n’y suis jamais allé! Ma boite de nuit, mon repère c’est « La Suite » sur Rennes.

2h38: Passage par Goven! Il fait froid la température est indiquée sur le panneau :

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Le reste de la nuit sera long, plus les heures, minutes avancent moins il y a de mouvements, d’animation et plus le danger est présent. Une voiture peut débouler à n’importe quel moment sans que j’ai eu le temps de me signaler. J’ai pris l’habitude de marcher dans le noir et de me déplacer en silence! Un tic pris certainement quand j’étais scout plus jeune !! LOL

Au fur et à mesure de ma marche et de ma progression, je fatigue!
malgré l’alternance entre mes chaussures de rando et une paire de running mes genoux souffrent ainsi que mes pieds.
il est 3h mes hallucinations commencent, je vois des vaches, des gens, des animaux, mais j’ai déjà vécu cette situation lors de mes précédentes randonnées nocturnes, je sais me résonner, j’ai plus peur !

6h du mat la fatigue est atroce, toutes les minutes, je m’arrête au milieu de la route c’est dangereux mon esprit est confus. Je sais par expérience que le plus dur est entre 4 et 7h du matin. Après 7h le soleil se lève et notre corps perçoit les rayons du soleil comme le signe d’une nouvelle journée et maintient l’éveil par l’émission d’hormones.

A ce moment là je ne réfléchis plus la posture debout est douloureuse psychologiquement comme physiquement , chaque occasion pour trouver un endroit pour m’allonger 15 minutes sera une panacée. L’endroit n’est pas adapté pour trouver le sommeil, je logne une foret humidifiée par la pluie de la veille. Je pense à David Manise et ce qu’il m’a appris au CEETS. Si je m’allonge par terre, je serais mouillé et je risque avec la fatigue une hypothermie. Sur ma droite une table de pique-nique, l’occasion est trop belle pour être ratée. Quand on survit chaque opportunité peut prolonger une vie !
Je me souviens de ce qu’on m’a enseigné sur la régulation de mon corps, je suis isolé du sol car la table est en hauteur, mais elle est mouillée. Je sors ma couverture de survie de mon sac, la mets sur la table et m’allonge dessus. Mon sac isole ma tête de la table. Mes jambes sont ramenées en haut, mon sang restera sur mon tronc, proche de mon cœur, partie vitale avec mon cerveau. Je mets la capuche de mon anorak, mets un timer sur 15 mn et je ferme les yeux ! 15 mn c’est long mais putain c’est court ! Pas le temps de faire plus je suis pas là pour faire la grasse mat. Une micro sieste de 15 mn ca répare.

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Je me sens mieux, mon esprit est reposé, mon corps suivra !

Je vais marcher encore 3 heures avant de m’arrêter dans un petit bar, qui ne ressemble à rien mais dans lequel je pourrais m’assoir et m’offrir un petit déjeuner qui réconfortera mon corps fatigué par cette nuit !

Midi c’est l’heure de manger, je m’arrête à coté du seul banc que j’ai trouvé à Carentoir, collé à la maison d’un agriculteur. Un repas fait d’un sachet de riz cuisiné et déshydraté. C’est pas mauvais mais pas top !Je croise le propriétaire de la maison ! Il vient me voir, je me lève et m’excuse de squatter son banc! Je lui explique mon périple et que dans ce village le seul banc lui appartient !

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« Mais t’es con ! »
Une dizaine de fois, cet homme me le répétera. Je pense qu’il avait fini son diner car il m’a dit qu’il m’aurait bien invité à le partager avec lui. ET partager son litre de vin rouge dont il avait semble-t-il un peu abusé 🙂 Il était attachant tellement simple, il ne comprenait pas d’où je venais, la nuit que je venais de passer, et où je voulais me rendre. Encore moins les raisons pour lesquelles j’étais là. Je serai bien rester avec lui mais le temps m’était quand même un peu compté !

Je profite de la pause aussi pour soigner mes première ampoules. Lors de mes précédentes marches j’avais souffert d’un manque d’hydratation de la peau de mes pieds alors cette fois j’ai tout prévu ! Crème, pansements spécial ampoules, mais la fatigue de cette nuit m’a fait commettre une erreur irrémédiable: mettre de la crème hydratante graisse et empêche un pansement de coller ! Mince pour une fois que je m’y prenais à temps j’ai fait une erreur! Mes pansements ne collent pas et je suis obligé de les jeter. Il m’en reste juste assez pour couvrir les zones douloureuses, mais ils ne tiennent pas. Tant pis, j’ai vu une pharmacie pas loin, j’ai du mal à marcher mais je vais faire le détour pour aller y trouver de quoi me soigner !
Avant de m’y rendre et de faire le détour (500m) je m’arrête dans le bar du coin, pour demander si c’est ouvert. On est samedi après-midi c’est possible que ce soit fermé. Tout le monde me dit « Oui Oui c’est ouvert ! » toujours écouter son instinct! Bordel ! Il me disait pourtant que c’était fermé ! Mais quel homme ne veut-il pas voir la réalité que par ses propres yeux ? J’y suis donc allé en maudissant chacun de mes pas à cause de la douleur pour me rendre compte que j’avais raison et que chaque homme ou femme dans ce bar n’imaginait pas à quel point cette déception était dure pour moi ! Ils m’auraient pourtant emmené en voiture à la pharma du village d’à coté, mais monter dans une voiture était pour moi comme abandonner mon défi !

Soit ! Système D, je sors le sparadrap que j’ai acheté à la pharmacie.  Pas de chance il semble trop vieux pour être encore utilisé ! Je peux pas continuer sans protéger mes pieds alors je sors mon Duke Tape ! Un sparadrap hyper résistant et à tout faire pour les situations d’urgence.  Il fixera solidement les pansements pour ampoules qui ne tenaient pas tout seuls jusque la fin de mon périple.

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Avec ces pansements en place et l’alternance de mes chaussures j’ai pu marcher sereinement pendant l’après-midi.

Certains de mes amis proches qui me soutenaient depuis la veille continuaient à m’écrier par sms ou encore pour certains à m’appeler.

Il faisait beau, chaud, le paysage était magnifique et pourtant j’étais triste. Certainement à cause de la fatigue, je me sentais seul et je me posais cette questions que tout le monde m’aurait certainement posée : « Qu’est-ce que je fous la ? « . Mais je continuerais malgré mes pensées, certainement convaincu que par le dépassement de soi j’avais une raison d’être la !

18h30 : Le soleil est quasiment couché, mes réserves d’eau sont vides. Sur mes cartes je m’aperçois que le trajet que je vais emprunter à partir de là est très isolé. Si je ne trouve pas de l’eau tout de suite ce sera compliqué. Je cours, oui ! Je cours pendant presque 30 min jusqu’au village suivant pour pouvoir m’arrêter dans la première maison que je croiserai et demander de l’eau. Ce sera un anglais certainement de passage ou en vacances, je ne sais plus qui me donnera 2 litres d’eau ! Je peux continuer ma route rassuré de ne pas manquer d’eau.

Saint-Martin sur Oust, il est 19h45, je m’arrête dans un bar. Entre la journée et la nuit, il peut y avoir 15 degrés d’écart les tenues ne sont pas les mêmes alors je me change dans les toilettes. Je profite pour boire un verre de vin blanc. Comme pour anesthésier ma douleur ou bien pour me donner du courage pour la nuit suivante ? Peu importe que celui qui n’a jamais pêché me jette la première pierre ou me suive ! Ce bar est trop enfumé, les clients fument à l’intérieur, j’ai qu’une envie partir ! Je ne me sens pas à ma place!

Je me dirige vers la place de l’église, il y a un abri et des bancs. Parfait pour manger, prendre un café !Je vais m’allonger aussi car avec la nuit vite arrivée, la fatigue est forte et il me reste une nuit encore et une matinée voir une journée de marche.

15 minutes de repos en mode micro sieste et c’est reparti pour une nuit. Et quelle nuit ! J’avais déjà connu la dispersion de l’esprit, la fatigue, les hallucinations, les pensées noires, le danger. Mais autant durant la première nuit ces manifestations avaient été faibles autant pendant la deuxième j’ai revécu celles-ci comme lors de mes premières expériences en puissance 10 !
C’est fou comme l’esprit est capable d’interpréter n’importe quelle forme d’arbre, de branche! Mes pires ennemies cette nuit là ont étés les fougères qui se sont déguisées à leur guise en groupe de personnes m’observant, en vaches et autres animaux que l’on croise aux bords des routes et autres formes monstrueuses . J’y ai vu mes pires cauchemars d’enfance, mes démons, mes peurs, mes craintes et je me suis senti seul face à moi-même pour les affronter. J’y étais préparé heureusement !

Je vais divaguer sur la route, errant sans but si ce n’est que de suivre une route. Je vais traverser la forêt, et surpris par une voiture, tomber dans le fossé, trompé par une quantité énorme de feuilles tombées à cet endroit. Heureusement la nuit je privilégie mes chaussures de rando pour leur stabilité et leur maintien, sinon mes chevilles n’auraient pas résisté.

Lauzach, je viens de passer le 100 ème km !

6h, c’est le pire moment de la nuit, je suis très fatigué. Je m’arrête tous les mètres au milieu de la route. Mon bâton de marche me sert de support, je l’appuie sur mon torse comme une béquille et m’endort! Là au milieu de la route. La sensation est étrange, je suis apaisé mais je rêve d’une voiture aux pleins phares. Non ce n’est pas un rêve, je me suis assoupi sur le milieu de la route et une voiture me fonce droit dessus! Je ne sais pas dire encore aujourd’hui comment j’ai réagi, pourquoi et quelle partie de mon cerveau m’a sauvé. mais je me suis précipité sur le bas coté en me promettant de ne plus m’assoupir sur la route !
Je n’aurai qu’une quête à partir de ce moment, arriver à destination et me trouver vite un petit déj !

Je trouve une boulangerie! 2 pains au choc et 1 croissant. et c’est reparti, je suis à Surzur, il me reste moins de 25 km jusque Arzon mais à ce moment là, je ne suis même plus sûr d’atteindre les 5 km/h de moyenne alors 25 km à 4km/h ça me fera arriver vers 14 h !

Courage, ce sont quand même les derniers kilomètres.

La route est longue, elle est toute droite, interminable et pas toujours praticable à pied notamment du coté de Sarzeau. Les tentations ont été nombreuses pour mettre un terme à cette longue marche: mal aux pieds, genoux, 4 voies dangereuses, proche du but donc on peut abréger.

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Mais non j’étais venu là pour vivre une expérience hors du commun, j’avais le temps, le temps d’aller au bout de mes limites. Chaque kilomètre avalé me rapprochant d’Arzon me faisait savourer cette victoire personnelle que j’étais venu chercher.

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Ca y est le panneau d’Arzon est ma délivrance ! Le but ultime. Pour la peine je prendrais le temps d’y inscrire mon record à l’encre noire sur le panneau (un peu haut d’ailleurs 🙂 )

Le défi Cesson-Sévigné -> Arzon d’une traite sans dormir soit 140 km environ en 42h 36mn 48s. Hallucinations, ampoules, rencontres dingues, dangers ! Piqué à l’adrénaline, je suis en manque de sensations et nouveaux exploits