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Mobil Acteur – 80 km a pied la prépa

Réaliser une marche, de nuit, en ne s’étant pas reposé avant et de 80 km, ca ne s’improvise pas.

Je vais donc expliquer ce défi en quatre parties et en vidéo

  • La définition du projet
  • Comment je me prépare pour des événements ?
  • La sélection fine du matos qui part avec moi
  • Le film de la marche

Partie 1: la définition du projet en image, rappel du contexte, ce que je vais faire et pourquoi !


Partie 2: La préparation sur le papier (enfin dans la tête) en m’appuyant de ce que j’ai appris de mon métier d’ingénieur et des cours de SURVIE au CEETS.


Partie 3: en intimité chez moi, je dévoile mon matos, qui me suit presque toujours avec moi, lors de mes défis, périples !


Partie 4: Assez parlé, c’est sur le terrain que ca se passe, 17h20, après une bonne journée de boulot je vais marcher 80 bornes

Trip Bretagne 2012, la préparation

Du 2 au 5 septembre 2012 je me suis lancé dans un périple sur la côte Bretonne.

Premier défi que je me suis lancé, partir à l’aventure avec mon sac à dos dans la nature et apprendre à vivre avec elle. Parcourir à pied plus d’une centaine de kilomètres en autonomie  totale ou presque.

2 ans et demi après, je reviens sur ma préparation, mes interrogations et mon carnet de route.

Ce récit a été écrit avant et pendant ma marche. Bien entendu 1 ou 2 détails restent profondément cachés dans mon carnet.

Objectifs principal: Marcher 40 km par jour pendant 5 jours et profiter de la vue magnifique qu’offre nos côtes bretonnes
Objectifs secondaires:

  • Tenter d’oublier une femme et ce qui m’attire chez elle.
  • 1 défi de plus
  • Donner plus de sens à ma vie

27 aout 2012: J’ai acheté mon hamac. Premier dilemme Partir à Boston avec une amie ou faire un trip solo en Bretagne ? J’ai envie de me retrouver seul, alors …

Itinéraire prévisionnel: Départ Rennes en train jusqu’à Saint-Brieuc dimanche. Etapes:
1: Saint-Brieuc  Erquy (Plage du Guen)
2: Plage du Guen – Saint Cast le Guildo (Pointe de Saint-Cast)
3: Pointe de Saint-Cast Dinard
4: Dinard Dinan
5: Dinan Gévezé

Matériel:

  • 1 sac à dos, 1 sac de couchage, 1 bâche, 20 €, des brassards fluo
  • 1 couteau, des couverts, hamac et cordages, 2 mousquetons
  • 1 lampe, des piles de rechange, 1 cadenas, 1 briquet et des allumettes, des bougies, 1 téléphone-radio, 1 appareil photo
  • 1 carnet, 1 stylo, 1 carte, 1 boussole, 1 réchaud et 1 cartouche
  • Chaussures de rando, sous-vêtements, 1 short, 1 pantalon, 1 maillot de bain, 1 serviette, Tee-Shirt, polaire, K-Way
  • 1 trousse de secours, 1 brosse à dent et dentifrice, 1 savon

Nourriture:

  • Café, sucres, lait concentré
  • 1 litre d’eau,
  • Sachet de semoule, riz, Barres de céréales, œufs
  • Plats préparés

29 août 2012: J’ai récupéré le sac à dos de mon papa, ce qui me permet d’économiser de l’argent.

Grosse interrogation : Il est petit, comment je vais faire ? Ouf il est allongeable de 30 cm en hauteur.

Deuxième interrogation: Dans quoi je me lance ?

Troisième interrogation: Je me demande si je l’oublierai …

30 août 2012: J’ai acheté mon billet de train Rennes – Saint-Brieuc.

31 août 2012: Mon sac pèse 15,7 sans eau ni nourriture, c’est beaucoup trop, il faut que j’allège.

J’enlève ma maglite, 675 g + 300 g de piles ! C’est un vieux modèle et elle éclaire aussi bien que ma frontale. J’enlève également des vêtements ou les remplace par des types plus légers et je réduis la quantité de nourriture.
Après ce régime forcé, le sac est descendu à 11,5kg

1 septembre 2012: veille du départ !

Je règle quelques détails et interrogations:
J’ai acheté une bâche 2 mètre par 3, plus légère que la précédente.
Le temps est pas super pour rester tous les jours dehors.
Mon short est plus léger, alors je mettrais mon pantalon sur moi pour partir (734g d’économisé).

Au final, le sac au complet pèse 13,4 kg avec 2 jours d’eau et la nourriture pour 5 jours, c’est une prouesse, il s’allègera au fil du temps.

21h30: Je stress un peu de ce qu’il m’attend. Mais je me sens en forme et bien psychologiquement.

TO BE CONTINUED …

Mobil Acteur – 80 km a pied pour rendre visite à John et hommage à Hervé Gourdel

Retour sur ma marche de 80 km : Une aventure qui ne s’improvise pas !

Vous êtes très nombreux à me questionner à vous interroger sur la faisabilité et les conditions dans lesquelles j’ai fait cette marche de nuit en une vingtaine d’heures.

Voici un retour sur ma propre expérience qui ne s’appliquera pas forcément à la vôtre, puis le récit de cette nuit:

La préparation : 1/ Vaincre ses peurs: Pour avancer dans la vie, il ne faut pas avoir peur. Peur du noir, de la foret la nuit, de la solitude, peur de perdre, de se tromper, de la souffrance, de la mort et du regard des autres. Et malheureusement, pour beaucoup il n’y a pas d’autres choix que de les affronter.

Dites-moi quelles sont vos peurs je vous dirais comment vous en débarrasser. Ainsi c’est en passant 8 heures dans la foret de Rennes à trouver mon chemin que j’ai pu dompter mes sentiments et impressions négatives. L’esprit est toujours plus à même à penser sereinement lorsqu’il n’est pas mis sous pression ou sous la peur.

J’ai eu la chance également de réaliser un stage de survie d’une semaine avec David Manise au CEETS! Je m’appuie dans la vie de tous les jours sur beaucoup des concepts que j’ai appris ici et de ceux reçus de mon éducation familiale.

2/ Expérimenter toujours plus vite, plus loin, plus fort: C’est en marchant que l’on devient marcheur, j’ai expérimenté plusieurs modes de randonnées: cool à la journée, randos raids sur 5 jours, tour d’une île en mode course, marche de nuits en forets, longues marches de nuit sur la route. Je pratique également la course à pied en privilégient les sorties dans les pires conditions (froid, pluie, neige) lorsque je le peux.

3/ Prendre soin de son corps: Vos pieds pour la marche c’est con à dire mais c’est l’essentiel ! C’est le point de contact entre vous et cette bonne vieille terre. Plus ils seront sains et en bonne santé plus vous irez loin. La distance maximale réalisable dépendra de chacun, des conditions de la marche du terrain de la météo etc…

4/ Prendre le temps de se poser et de réfléchir à ce que l’on a fait et s’en servir comme nouveau point de départ: On apprend jamais mieux que par sa propre expérience. Après l’expérimentation vient donc le temps de la réflexion. Cela se fait assez naturellement mais il faut savoir s’écouter et s’appliquer de nouveaux principes.

5/ S’offrir le matos à la mesure de ses ambitions: N’espérez pas faire 80 bornes avec vos chaussures de ville! Au mieux vous les mettrez à la poubelle le lendemain, au pire ce seront ampoules, entorses, tendinites et autres bobos …. Un bon sac à dos qui tiendra malgré le poids du matériel qu’il contiendra.

La marche de nuit le récit: Voilà comme je l’ai annoncé et préparé je m’apprête à partir de Beaulieu Chimie à Rennes où je travaille. Je dois me rendre à Saint-Jouant-des-Guérets à pieds pour voir John! Mais je pense à Hervé GOURDEL, je suis écœuré par son assassinat… Il est 17h24, je me suis changé pour être à l’aise dans ma marche, j’ai de bonnes chaussures, un pantalon à poches, un tee-shirt thermique à manche longue. Mon sac à dos contient exactement ce que j’ai décrit dans ma vidéo : « Partie 3, le matos : https://www.youtube.com/watch?v=SN12ZUKO5BE  » et un pull en laine sur mon épaule. J’ai ma caméra avec moi et j’ai décidé de filmer un maximum de choses.

Je vois la plupart de mes collègues prendre leur voiture. Ce soir ils dormiront chez eux mais peu soupçonnent ce que je vais réaliser. Beaucoup ne comprendraient pas je pense aussi !

Je monte plein nord à la boussole, le soleil est à ma gauche c’est la bonne direction, mon objectif sortir de Rennes pour atteindre Betton ou Saint-Grégoire. Je passe à côté de pleins de paysages qui me sont familiers, j’y suis passé en voiture, à pied ou à vélo. Au parc des Gayeulles, je rencontre des gens, je leur parle, du défi Mobil Acteurs, de ma marche, ou bien je les écoute me dire ce qu’ils souhaitent ! J’ai trouvé un bâton qui sera mon soutien jusqu’au lendemain.

Saint-Grégoire ou Betton ? Finalement j’arrive et m’installe sur le canal à Betton derrière le restaurant « Dupont et Dupont » pour manger un peu et boire un café. J’en profite pour enlever mes chaussures et éviter au maximum la transpiration. Du talc pour assécher et éviter ainsi de futurs frottements c’est ce qu’on utilise pour les fesses de bébé, ça sera parfait pour mes pieds. Pendant que je me repose 5 mn une personne ne s’arrête pas loin pour prendre des magazines à la disposition de tous. Nous parlons et je lui raconte mon défi… Il ne me croit pas … il doit penser que je suis un sdf ou un illuminé en manque de sensations fortes, il repartira sans m’avoir laissé lui dire un mot sur mes intentions. Finalement lequel de nous deux était le plus illuminé ?? Il est 20h30, je reprends ma route direction Chevaigné, Saint-Germain-sur-Ille, Saint-Médard-sur-Ille, Montreuil-sur-Ille. Je passe par la route, le soleil se couche laissant progressivement place à une nuit sans lune! Ce sera plus dur pour marcher sans elle car il y aura moins de lumière et plus de difficultés d’orientation.

La nuit est belle ce soir-là, sorti de Rennes, le ciel est magnifique et très étoilé! Aucun de mes appareils (téléphone et caméra) n’arrivera à réaliser un instantané de ce que je vois. Ce n’est pas grave la nuit est à moi ce jour-là. Il est temps de s’équiper ! Brassards, lampe frontale, torche … Tous les moyens sont bons pour être visible tout en permettant un déplacement discret. Je me déplace toujours ainsi pour respecter la nature, en faisant le moins de bruit et de luminosité. Je croiserais oiseaux, hiboux, chauves-souris, vaches, moutons, ragondins etc … dans leurs propres habitats. C’est un réflexe de scout J

A la sortie de Montreuil-sur-Ille je me prépare un nouveau café, aucun endroit pour se poser alors je squatterai le rebord de la fenêtre de la dernière maison que je croiserai. Dans un premier temps assis au bord de la route, je devrais rester debout car les voitures passeront trop près de mes pieds. J’ai croisé une entreprise peu de temps avant, des gens travaillent pendant que je marche ! Alors je pense à mon papa qui, à 60 ans travaille encore quelques nuits par mois ! S’il avait travaillé cette nuit nous aurions pu pour une fois nous soutenir moralement ensemble.

Les portions entre « Montreuil-sur-Ille et Dingé » et « Dingé et Combourg » sont longues, très longues. Je commence à être fatigué, je m’arrête parfois au milieu de la route pour me reposer, debout la poitrine appuyée sur mon bâton, mes yeux se ferment et j’aimerai dormir. Je ne peux pas rester là, c’est beaucoup trop dangereux, alors il faut bien continuer à marcher. Chaque ville que je traverse est sombre, les lumières sont éteintes, le gens dorment ! Je ne croise que rarement des habitants qui bien souvent sont plus effrayés par ma présence à cette heure tardive que l’inverse ! Je pense à beaucoup de choses, à beaucoup de personnes …

J’arrive à Combourg « Berceau du romantisme, merci Linda !  » vers 4h30 ou 5h je ne sais plus ! C’est une grande ville à traverser, heureusement que les lumières sont presque toutes allumées. Je cherche une boulangerie pour trouver un peu de réconfort, car je suis fatigué, je commence à souffrir des jambes, et je voudrais manger un peu autre chose que ce j’ai dans mon sac. Mais à 6h seul le boulanger est debout mais le commerce est fermé.

Je me résous à devoir attendre encore 2 bonnes heures et demies en marchant Je ne pourrais trouver une boulangerie qu’à Lanhélin. La route est toujours aussi longue même avec mes pauses au bord de la route de micro sommeil! Je somnole mais les voitures passent vite, très vite, alors c’est le moment pour moi de trouver de l’énergie au travers de ma musique. Musique sélectionnée par une amie spécialement pour l’événement. Le jour s’est levé je suis plus visible alors je peux me permettre d’occuper mes oreilles.

J’atteins enfin Lanhélin et m’achète un pain au chocolat dans la première boulangerie que je croise! Ça fait du bien c’est la bonne nouvelle, la mauvaise est qu’il me reste encore 20 bons km soit 5 de marche encore. Je pensais avoir marché plus que ça ! Bon j’en achète un deuxième pour avoir plus de force. J’étais loin de me douter de la surprise qui m’attendait sur la route en direction de Miniac Morvan ! 3 amies s’arrêtent au bord de la route pour m’accompagner dans ma marche mais aussi pour m’offrir des pains au choc tous chauds ! Waou ça fait chaud au cœur et à l’estomac. D’autant qu’ils m’ont été offerts par la boulangerie du coin à Rennes. Je ne manquerai pas de les remercier par la suite.

C’est l’estomac rempli et le cœur plein de courage que je vais à Miniac-Morvan, et Châteauneuf d’Ille-et-Vilaine, dernières villes avant d’arriver à destination. Mais le chemin est compliqué, car je n’ai pas pu prendre la 4 voies comme indiqué dans l’itinéraire que l’on a fait pour moi J J’emprunte un tas de petites routes sans directions ! Mais où est Saint-Jouant-Des-Guérets ? Je passe une fois, 2 fois sous la rocade, demande 4 fois ma route mais rien n’y fait aucune pancarte du village de John ?

11h30, je suis contacté par le journaliste local du Télégramme, il me demande quand je vais arriver, pour réaliser son reportage ? Je me dis que je suis à 4km donc 1h de marche. 12H30 toujours pas de John, malgré que l’on soit en contact par téléphone, je ne le trouve pas.

Il m’attend pas loin, il a une surprise pour moi, il faut que l’on arrive ensemble au village.

13h20, je vois John en haut de la cote en direction de Saint-Jouan, je ne peux plus marcher cette fois c’est trop tard : J’ai perdu trop de temps à chercher ma route et je n’ai pas pris le temps de m’occuper de mes pieds. J’ai une grosse ampoule sous le coup de pied de chacun de mes pieds. Chaque pas est terriblement douloureux, pourtant je sais et je connais comment me soulager rapidement. Il faut percer les ampoules pour relâcher la pression. Pendant la descente de John, je m’assoie, stérilise une aiguille avec mon briquet. Je prends du fil et perce une ampoule. Il faudrait que je prenne plus de temps, mais John et sa sœur sont là pour moi ! Alors je me remets debout ! Prêt pour les 500 derniers mètres, et arriver à la mairie, voir le journaliste et en finir avec cette marche ! J’ai la tête qui tourne à cause de ce soin trop rapide et je me sens mal ! Je ne le dirais pas, je tiendrai jusqu’au bout

John me donne une bouteille d’eau, il a vu juste mes 3 litres d’eau sont épuisés et j’ai soif ! Merci elle est fraîche en plus ! J’accroche sur mon torse un message de soutien à Hervé et sa famille que John a préparé et l’on marche tous les 3 à mon rythme, mes jambes sont arquées car je ne peux plus poser aucun de mes pieds sur le sol, la pression de mon poids et devenue trop importante !

Le journaliste est la comme prévu, ça fait presque 2 h qu’il m’attend alors je m’excuserai de mon retard avant de le saluer, de répondre à ses questions chez John, qui s’occupera de moi comme de son propre frère !

Marche de 140 km

Carnet de route d’un week-end peu ordinaire ! Une marche de 133 km sur le papier, qui en aura fait à mon avis 140 !

Pour  plus d’info consulter également la page Facebook suivante, elle a été mise à jour en temps réel :
Cesson-Sévigné Arzon : 133 km 48h sans dormir

Départ le 5 décembre de Cesson-Sévigné pour une arrivée à Arzon le dimanche 7 décembre entre 12 et 14h. Soit une de marche de 133 km non-stop.

J’ai souhaité rédiger ce document pour qu’il reste une trace de ce week-end de challenge que j’ai réalisé.

Objectif : Parcourir une distance à pied suffisamment longue pour me permettre de découvrir la privation de deux nuits de sommeil.

Mes attentes? Je vais tenter de répondre à 3 questions précises:

– Suis-je capable de marcher 2 jours et 2 nuits sans dormir ?
– Si je dois me reposer, ou le ferais-je ? comment ?
– Comment gérer l’alimentation sur 48h d’éveil.

Détail du parcours:

Pas facile avec Google Maps d’obtenir quelque chose d’exploitable sur le terrain. J’ai du imprimer 8 pages pour avoir la meilleure résolution, et encore, il y a des endroits difficiles à lire, ce qui me fera me perdre régulièrement sur la route !

Jeudi 4 décembre 2014 19h00, je prépare mes affaires, et boucle mon sac à dos.

Il contient :

  • 2 l d’eau,
  • 4 repas a réchauffer, des gâteaux,
  • 4 paires de chaussettes,
  • Une trousse de secours
  • Un kit d’hygiène
  • Brassards fluo
  • 1 lampe frontale et une lampe de poche
  • 1 tour de cou, 1 bonnet 1 paire gants
  • 1 paire de chaussure de running

Vendredi  5 décembre 2014: Je me suis levé à 7h11 ce jour là, comme d’habitude, je me suis occupé de mon fils, l’ai emmené à l’école et comme d’habitude me suis rendu au travail. Comme pour un jour exceptionnel, j’ai pris mon camion aménagé et je me suis autorisé une sieste pour être sûr d’affronter ce défi sereinement et avec un plein d’énergie. Quel bonheur de se reposer sur son lieu de travail à l’abri des regards indiscrets.

17h15 : Ma journée est terminée, je quitte mon travail pour me rendre à mon camion et me changer, quitter mes affaires de villes pour adopter celles de la vie sauvage. Je mets un pantalon épais en coton et un caleçon en coton en dessous. Je sais que s’il pleut le bas de mon corps ne sera pas protégé du froid, mais ça devrait aller c’est un pari. Je ne pouvais pas non plus emporter tout ce que je désirais !
Les choix font partis de la vie, il faut juger leurs risques et leurs conséquences.

17h45 : GO ! je pars de Cesson-Sévigné, 3 allée de Beaulieu en laissant mon camion, ma maison mobile. Mon sac est lourd et bien rempli, il s’allègera au fur et à mesure des repas.

Je pars en direction du centre-ville de Rennes, par des chemins que j’emprunte régulièrement lorsque je pratique la course à pied (petit clin d’œil au C4). La traversée s’effectue sans difficultés, il fait déjà nuit, et la pluie arrive, je sens des goutes. Près de la sortie de Rennes, je vois des files de voitures, et je me dis que tous ces gens partent en week-end ou tout simplement rentrent chez eux. Je me dis qu’ils vont retrouver leur confort mais ne s’imaginent peut être pas que des gens comme moi, cherchent l’inverse. Je me dis aussi que s’ils ne quittent pas leur confort, ils ne peuvent pas non plus l’apprécier !

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J’arrive du coté de Saint-Jacques de la Lande, il est pas loin de 20h. Je vais profiter de la dernière lumière de la ville pour me faire mon premier repas. C’est sur un parking de centre commercial que je vais m’arrêter. Il pleut et pour être à l’abri je choisis un hangar à caddies qui est presque vide. Ce sera parfait pour être au sec. Je prépare mon repas pendant que les gens autour de moi rentrent dans leur voiture avec leur courses. Une jeune fille posera ses courses pas loin de moi pour profiter aussi de l’abri.

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Je pars ensuite direction les étangs d’apigné. Mon plan n’est pas suffisamment précis, il ne contient pas tous les chemins qui s’offrent à moi. Je ne peux donc pas emprunter l’itinéraire que j’ai réalisé, mais je devrais m’orienter d’après mon instinct et les indications des passants qui heureusement sont encore la 🙂

J’arrive aux étangs il doit être 22h et je suis surpris par le nombre de voitures qui sont garées la et le nombre de gens qui fréquent ce lieu de nuit ! Je me souviens m’être demandé ce qu’on pouvait bien y faire à cette heure là par un mois de décembre !! Ils m’auraient certainement retourné la même question à juste titre 🙂

Direction Saint-Jacques !

Saint-Jacques de la Lande, je traverse la ville et passe pas loin de la ville. Je m’arrete à coté d’un bar et demande mon chemin à un jeune motard (qui a certainement trop bu). Après 10 mn d’explications je me rends compte que le chemin qu’il m’indique c’est en fait … tout droit ! 🙂 entre temps un homme d’un certain âge, sort du bar, je lui raconte mon projet il ne me croit pas. Je suis habitué 🙂 c’est pas la première fois. Je continue ma route …

Je passe devant la boite de nuit « La guinguette ». J’ai souvent entendu parler de cet endroit mais je n’y suis jamais allé! Ma boite de nuit, mon repère c’est « La Suite » sur Rennes.

2h38: Passage par Goven! Il fait froid la température est indiquée sur le panneau :

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Le reste de la nuit sera long, plus les heures, minutes avancent moins il y a de mouvements, d’animation et plus le danger est présent. Une voiture peut débouler à n’importe quel moment sans que j’ai eu le temps de me signaler. J’ai pris l’habitude de marcher dans le noir et de me déplacer en silence! Un tic pris certainement quand j’étais scout plus jeune !! LOL

Au fur et à mesure de ma marche et de ma progression, je fatigue!
malgré l’alternance entre mes chaussures de rando et une paire de running mes genoux souffrent ainsi que mes pieds.
il est 3h mes hallucinations commencent, je vois des vaches, des gens, des animaux, mais j’ai déjà vécu cette situation lors de mes précédentes randonnées nocturnes, je sais me résonner, j’ai plus peur !

6h du mat la fatigue est atroce, toutes les minutes, je m’arrête au milieu de la route c’est dangereux mon esprit est confus. Je sais par expérience que le plus dur est entre 4 et 7h du matin. Après 7h le soleil se lève et notre corps perçoit les rayons du soleil comme le signe d’une nouvelle journée et maintient l’éveil par l’émission d’hormones.

A ce moment là je ne réfléchis plus la posture debout est douloureuse psychologiquement comme physiquement , chaque occasion pour trouver un endroit pour m’allonger 15 minutes sera une panacée. L’endroit n’est pas adapté pour trouver le sommeil, je logne une foret humidifiée par la pluie de la veille. Je pense à David Manise et ce qu’il m’a appris au CEETS. Si je m’allonge par terre, je serais mouillé et je risque avec la fatigue une hypothermie. Sur ma droite une table de pique-nique, l’occasion est trop belle pour être ratée. Quand on survit chaque opportunité peut prolonger une vie !
Je me souviens de ce qu’on m’a enseigné sur la régulation de mon corps, je suis isolé du sol car la table est en hauteur, mais elle est mouillée. Je sors ma couverture de survie de mon sac, la mets sur la table et m’allonge dessus. Mon sac isole ma tête de la table. Mes jambes sont ramenées en haut, mon sang restera sur mon tronc, proche de mon cœur, partie vitale avec mon cerveau. Je mets la capuche de mon anorak, mets un timer sur 15 mn et je ferme les yeux ! 15 mn c’est long mais putain c’est court ! Pas le temps de faire plus je suis pas là pour faire la grasse mat. Une micro sieste de 15 mn ca répare.

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Je me sens mieux, mon esprit est reposé, mon corps suivra !

Je vais marcher encore 3 heures avant de m’arrêter dans un petit bar, qui ne ressemble à rien mais dans lequel je pourrais m’assoir et m’offrir un petit déjeuner qui réconfortera mon corps fatigué par cette nuit !

Midi c’est l’heure de manger, je m’arrête à coté du seul banc que j’ai trouvé à Carentoir, collé à la maison d’un agriculteur. Un repas fait d’un sachet de riz cuisiné et déshydraté. C’est pas mauvais mais pas top !Je croise le propriétaire de la maison ! Il vient me voir, je me lève et m’excuse de squatter son banc! Je lui explique mon périple et que dans ce village le seul banc lui appartient !

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« Mais t’es con ! »
Une dizaine de fois, cet homme me le répétera. Je pense qu’il avait fini son diner car il m’a dit qu’il m’aurait bien invité à le partager avec lui. ET partager son litre de vin rouge dont il avait semble-t-il un peu abusé 🙂 Il était attachant tellement simple, il ne comprenait pas d’où je venais, la nuit que je venais de passer, et où je voulais me rendre. Encore moins les raisons pour lesquelles j’étais là. Je serai bien rester avec lui mais le temps m’était quand même un peu compté !

Je profite de la pause aussi pour soigner mes première ampoules. Lors de mes précédentes marches j’avais souffert d’un manque d’hydratation de la peau de mes pieds alors cette fois j’ai tout prévu ! Crème, pansements spécial ampoules, mais la fatigue de cette nuit m’a fait commettre une erreur irrémédiable: mettre de la crème hydratante graisse et empêche un pansement de coller ! Mince pour une fois que je m’y prenais à temps j’ai fait une erreur! Mes pansements ne collent pas et je suis obligé de les jeter. Il m’en reste juste assez pour couvrir les zones douloureuses, mais ils ne tiennent pas. Tant pis, j’ai vu une pharmacie pas loin, j’ai du mal à marcher mais je vais faire le détour pour aller y trouver de quoi me soigner !
Avant de m’y rendre et de faire le détour (500m) je m’arrête dans le bar du coin, pour demander si c’est ouvert. On est samedi après-midi c’est possible que ce soit fermé. Tout le monde me dit « Oui Oui c’est ouvert ! » toujours écouter son instinct! Bordel ! Il me disait pourtant que c’était fermé ! Mais quel homme ne veut-il pas voir la réalité que par ses propres yeux ? J’y suis donc allé en maudissant chacun de mes pas à cause de la douleur pour me rendre compte que j’avais raison et que chaque homme ou femme dans ce bar n’imaginait pas à quel point cette déception était dure pour moi ! Ils m’auraient pourtant emmené en voiture à la pharma du village d’à coté, mais monter dans une voiture était pour moi comme abandonner mon défi !

Soit ! Système D, je sors le sparadrap que j’ai acheté à la pharmacie.  Pas de chance il semble trop vieux pour être encore utilisé ! Je peux pas continuer sans protéger mes pieds alors je sors mon Duke Tape ! Un sparadrap hyper résistant et à tout faire pour les situations d’urgence.  Il fixera solidement les pansements pour ampoules qui ne tenaient pas tout seuls jusque la fin de mon périple.

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Avec ces pansements en place et l’alternance de mes chaussures j’ai pu marcher sereinement pendant l’après-midi.

Certains de mes amis proches qui me soutenaient depuis la veille continuaient à m’écrier par sms ou encore pour certains à m’appeler.

Il faisait beau, chaud, le paysage était magnifique et pourtant j’étais triste. Certainement à cause de la fatigue, je me sentais seul et je me posais cette questions que tout le monde m’aurait certainement posée : « Qu’est-ce que je fous la ? « . Mais je continuerais malgré mes pensées, certainement convaincu que par le dépassement de soi j’avais une raison d’être la !

18h30 : Le soleil est quasiment couché, mes réserves d’eau sont vides. Sur mes cartes je m’aperçois que le trajet que je vais emprunter à partir de là est très isolé. Si je ne trouve pas de l’eau tout de suite ce sera compliqué. Je cours, oui ! Je cours pendant presque 30 min jusqu’au village suivant pour pouvoir m’arrêter dans la première maison que je croiserai et demander de l’eau. Ce sera un anglais certainement de passage ou en vacances, je ne sais plus qui me donnera 2 litres d’eau ! Je peux continuer ma route rassuré de ne pas manquer d’eau.

Saint-Martin sur Oust, il est 19h45, je m’arrête dans un bar. Entre la journée et la nuit, il peut y avoir 15 degrés d’écart les tenues ne sont pas les mêmes alors je me change dans les toilettes. Je profite pour boire un verre de vin blanc. Comme pour anesthésier ma douleur ou bien pour me donner du courage pour la nuit suivante ? Peu importe que celui qui n’a jamais pêché me jette la première pierre ou me suive ! Ce bar est trop enfumé, les clients fument à l’intérieur, j’ai qu’une envie partir ! Je ne me sens pas à ma place!

Je me dirige vers la place de l’église, il y a un abri et des bancs. Parfait pour manger, prendre un café !Je vais m’allonger aussi car avec la nuit vite arrivée, la fatigue est forte et il me reste une nuit encore et une matinée voir une journée de marche.

15 minutes de repos en mode micro sieste et c’est reparti pour une nuit. Et quelle nuit ! J’avais déjà connu la dispersion de l’esprit, la fatigue, les hallucinations, les pensées noires, le danger. Mais autant durant la première nuit ces manifestations avaient été faibles autant pendant la deuxième j’ai revécu celles-ci comme lors de mes premières expériences en puissance 10 !
C’est fou comme l’esprit est capable d’interpréter n’importe quelle forme d’arbre, de branche! Mes pires ennemies cette nuit là ont étés les fougères qui se sont déguisées à leur guise en groupe de personnes m’observant, en vaches et autres animaux que l’on croise aux bords des routes et autres formes monstrueuses . J’y ai vu mes pires cauchemars d’enfance, mes démons, mes peurs, mes craintes et je me suis senti seul face à moi-même pour les affronter. J’y étais préparé heureusement !

Je vais divaguer sur la route, errant sans but si ce n’est que de suivre une route. Je vais traverser la forêt, et surpris par une voiture, tomber dans le fossé, trompé par une quantité énorme de feuilles tombées à cet endroit. Heureusement la nuit je privilégie mes chaussures de rando pour leur stabilité et leur maintien, sinon mes chevilles n’auraient pas résisté.

Lauzach, je viens de passer le 100 ème km !

6h, c’est le pire moment de la nuit, je suis très fatigué. Je m’arrête tous les mètres au milieu de la route. Mon bâton de marche me sert de support, je l’appuie sur mon torse comme une béquille et m’endort! Là au milieu de la route. La sensation est étrange, je suis apaisé mais je rêve d’une voiture aux pleins phares. Non ce n’est pas un rêve, je me suis assoupi sur le milieu de la route et une voiture me fonce droit dessus! Je ne sais pas dire encore aujourd’hui comment j’ai réagi, pourquoi et quelle partie de mon cerveau m’a sauvé. mais je me suis précipité sur le bas coté en me promettant de ne plus m’assoupir sur la route !
Je n’aurai qu’une quête à partir de ce moment, arriver à destination et me trouver vite un petit déj !

Je trouve une boulangerie! 2 pains au choc et 1 croissant. et c’est reparti, je suis à Surzur, il me reste moins de 25 km jusque Arzon mais à ce moment là, je ne suis même plus sûr d’atteindre les 5 km/h de moyenne alors 25 km à 4km/h ça me fera arriver vers 14 h !

Courage, ce sont quand même les derniers kilomètres.

La route est longue, elle est toute droite, interminable et pas toujours praticable à pied notamment du coté de Sarzeau. Les tentations ont été nombreuses pour mettre un terme à cette longue marche: mal aux pieds, genoux, 4 voies dangereuses, proche du but donc on peut abréger.

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Mais non j’étais venu là pour vivre une expérience hors du commun, j’avais le temps, le temps d’aller au bout de mes limites. Chaque kilomètre avalé me rapprochant d’Arzon me faisait savourer cette victoire personnelle que j’étais venu chercher.

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Ca y est le panneau d’Arzon est ma délivrance ! Le but ultime. Pour la peine je prendrais le temps d’y inscrire mon record à l’encre noire sur le panneau (un peu haut d’ailleurs 🙂 )

Le défi Cesson-Sévigné -> Arzon d’une traite sans dormir soit 140 km environ en 42h 36mn 48s. Hallucinations, ampoules, rencontres dingues, dangers ! Piqué à l’adrénaline, je suis en manque de sensations et nouveaux exploits