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Mobil Acteur – 80 km a pied pour rendre visite à John et hommage à Hervé Gourdel

Retour sur ma marche de 80 km : Une aventure qui ne s’improvise pas !

Vous êtes très nombreux à me questionner à vous interroger sur la faisabilité et les conditions dans lesquelles j’ai fait cette marche de nuit en une vingtaine d’heures.

Voici un retour sur ma propre expérience qui ne s’appliquera pas forcément à la vôtre, puis le récit de cette nuit:

La préparation : 1/ Vaincre ses peurs: Pour avancer dans la vie, il ne faut pas avoir peur. Peur du noir, de la foret la nuit, de la solitude, peur de perdre, de se tromper, de la souffrance, de la mort et du regard des autres. Et malheureusement, pour beaucoup il n’y a pas d’autres choix que de les affronter.

Dites-moi quelles sont vos peurs je vous dirais comment vous en débarrasser. Ainsi c’est en passant 8 heures dans la foret de Rennes à trouver mon chemin que j’ai pu dompter mes sentiments et impressions négatives. L’esprit est toujours plus à même à penser sereinement lorsqu’il n’est pas mis sous pression ou sous la peur.

J’ai eu la chance également de réaliser un stage de survie d’une semaine avec David Manise au CEETS! Je m’appuie dans la vie de tous les jours sur beaucoup des concepts que j’ai appris ici et de ceux reçus de mon éducation familiale.

2/ Expérimenter toujours plus vite, plus loin, plus fort: C’est en marchant que l’on devient marcheur, j’ai expérimenté plusieurs modes de randonnées: cool à la journée, randos raids sur 5 jours, tour d’une île en mode course, marche de nuits en forets, longues marches de nuit sur la route. Je pratique également la course à pied en privilégient les sorties dans les pires conditions (froid, pluie, neige) lorsque je le peux.

3/ Prendre soin de son corps: Vos pieds pour la marche c’est con à dire mais c’est l’essentiel ! C’est le point de contact entre vous et cette bonne vieille terre. Plus ils seront sains et en bonne santé plus vous irez loin. La distance maximale réalisable dépendra de chacun, des conditions de la marche du terrain de la météo etc…

4/ Prendre le temps de se poser et de réfléchir à ce que l’on a fait et s’en servir comme nouveau point de départ: On apprend jamais mieux que par sa propre expérience. Après l’expérimentation vient donc le temps de la réflexion. Cela se fait assez naturellement mais il faut savoir s’écouter et s’appliquer de nouveaux principes.

5/ S’offrir le matos à la mesure de ses ambitions: N’espérez pas faire 80 bornes avec vos chaussures de ville! Au mieux vous les mettrez à la poubelle le lendemain, au pire ce seront ampoules, entorses, tendinites et autres bobos …. Un bon sac à dos qui tiendra malgré le poids du matériel qu’il contiendra.

La marche de nuit le récit: Voilà comme je l’ai annoncé et préparé je m’apprête à partir de Beaulieu Chimie à Rennes où je travaille. Je dois me rendre à Saint-Jouant-des-Guérets à pieds pour voir John! Mais je pense à Hervé GOURDEL, je suis écœuré par son assassinat… Il est 17h24, je me suis changé pour être à l’aise dans ma marche, j’ai de bonnes chaussures, un pantalon à poches, un tee-shirt thermique à manche longue. Mon sac à dos contient exactement ce que j’ai décrit dans ma vidéo : « Partie 3, le matos : https://www.youtube.com/watch?v=SN12ZUKO5BE  » et un pull en laine sur mon épaule. J’ai ma caméra avec moi et j’ai décidé de filmer un maximum de choses.

Je vois la plupart de mes collègues prendre leur voiture. Ce soir ils dormiront chez eux mais peu soupçonnent ce que je vais réaliser. Beaucoup ne comprendraient pas je pense aussi !

Je monte plein nord à la boussole, le soleil est à ma gauche c’est la bonne direction, mon objectif sortir de Rennes pour atteindre Betton ou Saint-Grégoire. Je passe à côté de pleins de paysages qui me sont familiers, j’y suis passé en voiture, à pied ou à vélo. Au parc des Gayeulles, je rencontre des gens, je leur parle, du défi Mobil Acteurs, de ma marche, ou bien je les écoute me dire ce qu’ils souhaitent ! J’ai trouvé un bâton qui sera mon soutien jusqu’au lendemain.

Saint-Grégoire ou Betton ? Finalement j’arrive et m’installe sur le canal à Betton derrière le restaurant « Dupont et Dupont » pour manger un peu et boire un café. J’en profite pour enlever mes chaussures et éviter au maximum la transpiration. Du talc pour assécher et éviter ainsi de futurs frottements c’est ce qu’on utilise pour les fesses de bébé, ça sera parfait pour mes pieds. Pendant que je me repose 5 mn une personne ne s’arrête pas loin pour prendre des magazines à la disposition de tous. Nous parlons et je lui raconte mon défi… Il ne me croit pas … il doit penser que je suis un sdf ou un illuminé en manque de sensations fortes, il repartira sans m’avoir laissé lui dire un mot sur mes intentions. Finalement lequel de nous deux était le plus illuminé ?? Il est 20h30, je reprends ma route direction Chevaigné, Saint-Germain-sur-Ille, Saint-Médard-sur-Ille, Montreuil-sur-Ille. Je passe par la route, le soleil se couche laissant progressivement place à une nuit sans lune! Ce sera plus dur pour marcher sans elle car il y aura moins de lumière et plus de difficultés d’orientation.

La nuit est belle ce soir-là, sorti de Rennes, le ciel est magnifique et très étoilé! Aucun de mes appareils (téléphone et caméra) n’arrivera à réaliser un instantané de ce que je vois. Ce n’est pas grave la nuit est à moi ce jour-là. Il est temps de s’équiper ! Brassards, lampe frontale, torche … Tous les moyens sont bons pour être visible tout en permettant un déplacement discret. Je me déplace toujours ainsi pour respecter la nature, en faisant le moins de bruit et de luminosité. Je croiserais oiseaux, hiboux, chauves-souris, vaches, moutons, ragondins etc … dans leurs propres habitats. C’est un réflexe de scout J

A la sortie de Montreuil-sur-Ille je me prépare un nouveau café, aucun endroit pour se poser alors je squatterai le rebord de la fenêtre de la dernière maison que je croiserai. Dans un premier temps assis au bord de la route, je devrais rester debout car les voitures passeront trop près de mes pieds. J’ai croisé une entreprise peu de temps avant, des gens travaillent pendant que je marche ! Alors je pense à mon papa qui, à 60 ans travaille encore quelques nuits par mois ! S’il avait travaillé cette nuit nous aurions pu pour une fois nous soutenir moralement ensemble.

Les portions entre « Montreuil-sur-Ille et Dingé » et « Dingé et Combourg » sont longues, très longues. Je commence à être fatigué, je m’arrête parfois au milieu de la route pour me reposer, debout la poitrine appuyée sur mon bâton, mes yeux se ferment et j’aimerai dormir. Je ne peux pas rester là, c’est beaucoup trop dangereux, alors il faut bien continuer à marcher. Chaque ville que je traverse est sombre, les lumières sont éteintes, le gens dorment ! Je ne croise que rarement des habitants qui bien souvent sont plus effrayés par ma présence à cette heure tardive que l’inverse ! Je pense à beaucoup de choses, à beaucoup de personnes …

J’arrive à Combourg « Berceau du romantisme, merci Linda !  » vers 4h30 ou 5h je ne sais plus ! C’est une grande ville à traverser, heureusement que les lumières sont presque toutes allumées. Je cherche une boulangerie pour trouver un peu de réconfort, car je suis fatigué, je commence à souffrir des jambes, et je voudrais manger un peu autre chose que ce j’ai dans mon sac. Mais à 6h seul le boulanger est debout mais le commerce est fermé.

Je me résous à devoir attendre encore 2 bonnes heures et demies en marchant Je ne pourrais trouver une boulangerie qu’à Lanhélin. La route est toujours aussi longue même avec mes pauses au bord de la route de micro sommeil! Je somnole mais les voitures passent vite, très vite, alors c’est le moment pour moi de trouver de l’énergie au travers de ma musique. Musique sélectionnée par une amie spécialement pour l’événement. Le jour s’est levé je suis plus visible alors je peux me permettre d’occuper mes oreilles.

J’atteins enfin Lanhélin et m’achète un pain au chocolat dans la première boulangerie que je croise! Ça fait du bien c’est la bonne nouvelle, la mauvaise est qu’il me reste encore 20 bons km soit 5 de marche encore. Je pensais avoir marché plus que ça ! Bon j’en achète un deuxième pour avoir plus de force. J’étais loin de me douter de la surprise qui m’attendait sur la route en direction de Miniac Morvan ! 3 amies s’arrêtent au bord de la route pour m’accompagner dans ma marche mais aussi pour m’offrir des pains au choc tous chauds ! Waou ça fait chaud au cœur et à l’estomac. D’autant qu’ils m’ont été offerts par la boulangerie du coin à Rennes. Je ne manquerai pas de les remercier par la suite.

C’est l’estomac rempli et le cœur plein de courage que je vais à Miniac-Morvan, et Châteauneuf d’Ille-et-Vilaine, dernières villes avant d’arriver à destination. Mais le chemin est compliqué, car je n’ai pas pu prendre la 4 voies comme indiqué dans l’itinéraire que l’on a fait pour moi J J’emprunte un tas de petites routes sans directions ! Mais où est Saint-Jouant-Des-Guérets ? Je passe une fois, 2 fois sous la rocade, demande 4 fois ma route mais rien n’y fait aucune pancarte du village de John ?

11h30, je suis contacté par le journaliste local du Télégramme, il me demande quand je vais arriver, pour réaliser son reportage ? Je me dis que je suis à 4km donc 1h de marche. 12H30 toujours pas de John, malgré que l’on soit en contact par téléphone, je ne le trouve pas.

Il m’attend pas loin, il a une surprise pour moi, il faut que l’on arrive ensemble au village.

13h20, je vois John en haut de la cote en direction de Saint-Jouan, je ne peux plus marcher cette fois c’est trop tard : J’ai perdu trop de temps à chercher ma route et je n’ai pas pris le temps de m’occuper de mes pieds. J’ai une grosse ampoule sous le coup de pied de chacun de mes pieds. Chaque pas est terriblement douloureux, pourtant je sais et je connais comment me soulager rapidement. Il faut percer les ampoules pour relâcher la pression. Pendant la descente de John, je m’assoie, stérilise une aiguille avec mon briquet. Je prends du fil et perce une ampoule. Il faudrait que je prenne plus de temps, mais John et sa sœur sont là pour moi ! Alors je me remets debout ! Prêt pour les 500 derniers mètres, et arriver à la mairie, voir le journaliste et en finir avec cette marche ! J’ai la tête qui tourne à cause de ce soin trop rapide et je me sens mal ! Je ne le dirais pas, je tiendrai jusqu’au bout

John me donne une bouteille d’eau, il a vu juste mes 3 litres d’eau sont épuisés et j’ai soif ! Merci elle est fraîche en plus ! J’accroche sur mon torse un message de soutien à Hervé et sa famille que John a préparé et l’on marche tous les 3 à mon rythme, mes jambes sont arquées car je ne peux plus poser aucun de mes pieds sur le sol, la pression de mon poids et devenue trop importante !

Le journaliste est la comme prévu, ça fait presque 2 h qu’il m’attend alors je m’excuserai de mon retard avant de le saluer, de répondre à ses questions chez John, qui s’occupera de moi comme de son propre frère !